The sun is shinning
La promenade au phare de Virginia Woolf
J’ai longtemps hésité à prendre ce livre, parce que les phares c’est surfait. Trop facile pour les écrivains ; Regardez le pauvre vieux monsieur qui habite là-haut tout seul, snif snif. Et puis c’est sans compter toutes les métaphores avec les vagues qui sans fin vont cogner contre les récifs, la lumière qui guide les bateaux, et fait naufrager les papillons de la jeunesse...
Heureusement on évite tout ça, on sent bien l’atmosphère marine, sans les poissons, mais globalement il s’agit surtout des péripéties d’une petite communauté habitant sur une île d’Angleterre. Communauté composée de la famille Ramsay, comme les pharaons, mais avec 8 enfants. L’histoire, le point focal, la question qui hante tout les êtres de ce livre est relativement simple « est-ce que demain il fera assez beau pour aller au phare ? »
Certes ça ne capte pas forcément l’intérêt, heureusement gravite autour plein de petits évènements, généralement cela parle d’amour et/ou de mariage arrangé et de relation familial ou encore des trépidantes aventures tel l’anecdote de la perte d’une broche. Quelle horreur !
A première vu pas de quoi tringler un âne, les 100 premières pages ne m’ont d’ailleurs pas passionnée. Cependant après y a le style de Woolf en l’occurrence cette façon quelle a de passer d’un personnage à l’autre, j’aurais envie de dire à la Dungeon Keeper mais la comparaison n’est pas forcément des plus évidentes, alors disons qu’on suit les pensées d’un des personnages, et que lorsqu’un autre personnage passe à proximité il est fréquent que la narration change de personnage. Si vous avez déjà lu Mrs Dolloway vous connaissez déjà le principe, et on s’en lasse pas.
Par contre là où le récit décolle vraiment c’est lors du dîner où est convié la majorité de la communauté. Les mauvaises langues diront que la Woolf pourrait changer un peu la trame de ces bouquins mais je n’en suis pas une. Donc tout le monde se réunit pour un long chapitre, et là par petit saut de puces on entre dans la tête des personnages.
Et ils ont des choses dans la tête, genre : « Qu’est que je fous là » ; « Quelle bande de nullos quand même » et plus généralement quelque chose du genre « je l’aime, mais lui m’aime-t-il et qu’est qu’il est intelligent ! » et bien évidemment la réflexion ultime « Mais fera-t-il assez beau demain pour aller au phare ?! »
Une partie ensuite courte, mais bluffante sur le futur de la famille, de la propriété, de la mer, sur un rythme vivaldien accéléré, le même genre de partie que le dernier épisode de la saison 4 de Babylon 5 si vous préféré. Magnifique.
Enfin une dernière partie, qui ravira prioritairement les stylistes, et ou l’on sait enfin s'ils vont ou non se bouger le cul pour aller à ce foutu phare.
Bien sur la trame n’est qu’un prétexte au développement des personnages et plus particulièrement au rapport entre le regard qu’on porte sur les autres en contraste avec ce qu’ils sont/pensent vraiment.
En résumé, un livre qui sent le bon poisson frais et les fruits de mer.
- Veterini
- 11:47
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